Le rôle premier de l’architecte ? Maximiser la valeur du bien immobilier de ses clients
- 6 juil.
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Dernière mise à jour : il y a 12 heures

C’était un couple de quadragénaires, Anna et Antoine, qui venaient d’acquérir un pavillon peu cher à Issy-les-Moulineaux, parce qu’ils avaient perçu son potentiel. Les nouveaux propriétaires ont alors fixé à l’architecte Charlotte Gautier des objectifs de rénovation difficilement conciliables avec les caractéristiques du bien et... leur budget. Avec créativité, Charlotte a identifié comment transformer leur maison, ordinaire, pour en maximiser la valeur et lui donner du caractère.
« Nous voulons agrandir notre maison, y aménager une suite parentale et améliorer sa façade, avec de larges vitres donnant vue sur le jardin. » Ce sont les objectifs qu’Anna et Antoine ont mis sur la table lorsqu’ils ont rencontré l’architecte Charlotte Gautier, qui leur avait été recommandée par un ami. Le jeune couple venait d’acquérir un bien proche de Paris, malgré ses défauts, en raison de son prix très raisonnable, et était impatient de le restructurer.
À l’extérieur, la maison était massive, son soubassement lourd, ses ouvertures petites, sa façade plate. On ne pouvait pas accéder à son jardin – au demeurant agréable – depuis le rez-de-chaussée, surélevé : il fallait passer par le sous-sol. Désuète à l’intérieur, avec des pièces étriquées à la moquette rose passée, elle était conçue tout en profondeur, le sous-sol obérant une grande partie de la surface de 130 mètres carrés.
L’oeil expert de l'architecte HMNOP pour cerner le meilleur projet

« Dès la première visite, j’ai été frappée par l'inadéquation entre les attentes de mes clients, le potentiel du bien et leur budget, explique Charlotte Gautier. En effet, étant donné la conception en profondeur de la maison, il aurait été nécessaire, pour aménager le sous-sol, d’en décaisser une partie et donc d’engager des travaux colossaux, bien au-delà du budget dont ils disposaient. »
Dans ces conditions, quel a été son rôle, en tant qu’architecte ? « C’était clair pour moi : je devais identifier la transformation qui apporterait le plus de valeur à la maison. Or, en la visitant, j’ai perçu que le véritable enjeu était la relation entre la bâtisse et le jardin. Est-ce que ce dont tout le monde rêve, en maison individuelle, ce n’est pas de pouvoir vivre dans son jardin ? Ici, l'accès au jardin n’était pas fluide, c’était la principale faiblesse du projet de rénovation initial. J’ai aussitôt eu en tête des solutions architecturales : puisqu'une extension était envisagée, autant la concevoir comme un prolongement de la maison vers le jardin, faire entrer la nature dans les espaces de vie et embellir la façade. Nous optimiserions, dans le même temps, la surface habitable. »
Et poser les bases d’une réflexion architecturale pertinente

Charlotte Gautier a donc suivi ce fil conducteur dans son projet. Elle a procédé à une étude de capacité pour savoir précisément comment étendre la maison sur le jardin, redessiner sa façade, définir la bonne relation entre intérieur et extérieur, c’est-à-dire comment circuler de pièce en pièce, comment sortir. Une autre contrainte lui est alors apparue comme incontournable : « En ouvrant largement la façade vers le jardin, une nouvelle question s’est posée : comment gérer une façade largement vitrée orientée à l'ouest, avec les risques d'éblouissement et de surchauffe ? Il fallait traiter le confort d’été de la maison, en évitant de recourir à la climatisation – mes clients étaient d’accord. Ce sont ces données qui ont orienté toute ma réflexion architecturale. »
Sa mission d’architecture étant globale, Charlotte a, par ailleurs, identifié l’aménagement intérieur le plus adapté au parti pris de faire du jardin l'élément structurant de la maison, jusqu’à dessiner une cuisine sur mesure.
Une logique de construction bioclimatique adaptée à notre époque

La façade originelle, plate, donnait une lecture massive et horizontale de la maison. De plus, elle absorbait et accumulait le soleil. Par conséquent, Charlotte Gautier a, dès ses premiers plans, conçu une façade en profondeur, qui apporterait caractère et verticalité à la maison, en plus de servir de filtre climatique. Le tout, dans le budget de ses clients. « J’ai travaillé en prenant en compte l’orientation sud-ouest de la maison, pour accroître la capacité du bâtiment à maîtriser la lumière, la chaleur et les usages saisonniers. J’ai aussi étudié les équipements et matériaux susceptibles de servir cet objectif bioclimatique. C’est, selon moi, le b.a.-ba du confort contemporain. »
Le résultat de son étude ? « L’été, le soleil est bas dans cette région, il surchauffe en fin de journée et l’inertie accumulée empêche alors de rafraîchir l’espace habitable, relève Charlotte. Par conséquent, pour tempérer ce trop-plein de chaleur, j’ai proposé à mes clients d’installer en façade une structure visible à plusieurs couches : vitrage, stores à projection (stores Marquisolettes, voir notre encadré), garde-corps, retraits. Cette profondeur de façade entraine de l’ombre et ralentit les échanges thermiques. »
Dotée d'une façade en mouvement, la maison prend vie

L’architecte est allée plus loin pour produire du confort et augmenter le bien-être des habitants de la maison. « En hiver, lorsque le soleil est plus bas, il suffit de relever les protections afin de laisser entrer les apports solaires gratuits. J’ai proposé de les stocker en utilisant des matériaux ayant une bonne inertie thermique qui les restitueraient progressivement – par exemple, un sol en terre cuite ou pierre naturelle sur un plancher dense, de type béton avec une chape en ciment épaisse. À l'inverse, en été, la ventilation nocturne rafraîchit la masse qui rend cette fraîcheur en journée. J’ai aussi examiné la possibilité de végétaliser la toiture, un procédé qui stocke les calories issues des apports solaires et limiter le réchauffement de la toiture par l'ombrage du substrat et de la végétation. »
Conclusion : une maison réinterprétée mais pas effacée

La façade made in Charlotte Gautier n’est ni lisse, ni abstraite. Élégante, elle est le fruit d’une réflexion approfondie sur les aspects climatique, spatial et domestique – au sens noble. L’architecte en est fière, tout autant que de l’intérieur au look intemporel, épuré, qu’elle a dessiné. « Mieux vaut, pour donner du caractère à un bien immobilier fade, un look intemporel qu’un pastiche de style », lance-t-elle.
Au milieu du salon/salle à manger avec cuisine ouverte, on trouve l’accès au jardin, simplifié par la construction de quelques marches depuis une terrasse en demi-niveau. Le sous-sol, réaménagé, abrite la suite parentale rêvée. L’ensemble augmente incontestablement la valeur patrimoniale de la maison et lui apporte le charme auquel les clients aspiraient, en la réinterprétant sans l’effacer. « J’ai même préservé le bel arbre planté devant. » Pour Charlotte Gautier, ce projet raconte comment habiter autrement une maison ordinaire.
Des marquisolettes, clin d’œil architectural aux années 50

Charlotte Gautier prévoyait, dans son projet d’Issy-les-Moulineaux, d’installer des stores à projection Marquisolette (ou Markisolette). Leur caractéristique ? « La toile descend d'abord verticalement puis se projette vers l'avant dans sa partie basse, ce qui permet de conserver la vue, l’entrée d’air, la lumière indirecte, tout en protégeant du soleil, explique l’architecte. C’est un clin d'œil à l'architecture des années 1950, époque à laquelle la maison a été construite. Mais surtout, ils sont efficaces car ils arrêtent le rayonnement solaire avant le vitrage. En cette période de canicule, ils pourraient revenir en force car ils sont simples à mettre en place et surtout d'extrême bon sens d’un point de vue écologique par rapport à la clim ! »


