Un conseil pour réussir votre projet architectural : ne décidez pas tout dès le début
Ce conseil, c’est Charlotte Gautier, architecte habilitée à la maîtrise d’œuvre en nom propre (HMONP), qui nous le donne. Vous voulez vous lancer dans un projet architectural ? Elle vous explique comment gagner en sérénité et assurer son succès, en prenant les décisions au fil d’étapes formelles.

Lorsque l’on fait construire sa maison ou qu’on la rénove, on engage beaucoup d’argent. Donc on a peur de faire les mauvais choix. Charlotte Gautier, vous comptez presque vingt ans d’exercice du métier d’architecte : comment gérez-vous cette préoccupation chez vos clients maîtres d’ouvrage ?
Charlotte Gautier : Je leur explique dès le début, quand ils me contactent, comment je perçois mon rôle et comment je travaillerai avec eux, à chaque étape du projet. C’est vrai que la plupart de mes clients, au départ, ont beaucoup de craintes légitimes. Quand on achète une maison et qu’on se lance dans un projet de rénovation, d’extension, de surélévation, on pense qu’il faut tout comprendre, tout décider, tout voir tout de suite. Or, oui, un projet architectural suppose des décisions nombreuses, mais à prendre progressivement, au fil du temps, et non au même moment, justement.
Donc, la première chose fondamentale que je dis aux maîtres d’ouvrage pour les rassurer, c’est : « Vous n’avez pas besoin de tout décider tout de suite. Vous devez décider des bonnes choses au bon moment. » En dépit de l’enjeu financier, il n’y a pas de raison de se laisser submerger par la peur. Quand on confie le suivi de son chantier à un architecte compétent, il y a de la souplesse, on a le temps de sculpter le projet ensemble.
Décider au bon moment, qu’est-ce que ça signifie dans une construction immobilière ?
Charlotte Gautier : Un projet immobilier comprend des étapes bien concrètes : l’esquisse ; l’avant-projet sommaire (APS) ; l’avant-projet détaillé (APD) ; le dossier de consultation des entreprises (DCE) ; le suivi de chantier. Chacune a une fonction précise et appelle des décisions en temps voulu, pour la bonne évolution du projet. Je l’explique en détail à mes clients, sans jargon technique, d’une part, pour qu’ils comprennent ma façon de travailler et, d’autre part, pour qu’ils sachent quand décider utilement.

Première étape, je produis des esquisses. À quoi servent-elles ? À explorer le potentiel du bien immobilier – organisation générale, volumes, circulations… – et définir les grandes intentions du projet. Donc, la décision qui revient à mes clients, c’est de choisir une direction.
Deuxième étape, l’APS : là, il s’agit de stabiliser le projet. Grâce à mon travail, mes clients vont être en mesure de décider de son organisation, des surfaces et de leurs usages, des grands choix budgétaires. Nous posons les grands principes architecturaux.
Puis vient l’APD, troisième étape. Tout devient concret, c’est le moment des études techniques et d’urbanisme. Les clients doivent décider des dimensions, des matériaux et équipements structurants, des principes techniques et, surtout, du budget. Le maître-mot est alors d’arbitrer, en hiérarchisant ce qui est prioritaire, ce qu’ils conservent si leur budget le leur permet, et ce que nous pourrons éventuellement réaliser plus tard.
Pendant la quatrième étape, le DCE, je développe techniquement ce qui a été tranché pour que les entreprises de construction sollicitées comprennent le projet et chiffrent leur intervention. C’est l’étape de l’examen et de la signature des devis, celle où nous fixons une date de démarrage du chantier. Cependant, beaucoup d’ajustements resteront possibles.
Enfin, nous lançons le chantier. En tant qu’architecte maître d’œuvre, ma mission consiste à faire respecter le marché de travaux conclu avec les entreprises, pour finaliser le projet dans les meilleures conditions. Essentiellement, je suis les plans d’exécution et je gère les ajustements nécessaires. En effet, nous sommes sur site, au contact de la réalité, avec une vision précise des incidences du chantier. Lorsque les contraintes techniques, les délais, etc., entraînent un surcoût par exemple, je l’identifie et le fais valider. C’est le moment opportun pour que mes clients décident comment adapter les détails : une implantation, la décoration, une teinte, un luminaire, un revêtement…
Quand on comprend ces étapes, on comprend que le rôle de l’architecte est aussi d’organiser la progression du projet, ce qui épargne du stress aux maîtres d’ouvrage ?
Charlotte Gautier : Oui. S'ils comprennent les phases contractuelles que j’évoquais, s’ils se laissent guider et respectent le rythme des décisions sans anticipation inutile, les clients en tirent clairement des avantages. Ils valident les décisions propres à chaque étape et peuvent consacrer leur énergie à la suivante, sans regret. Dans ces conditions, leur projet immobilier avance bien.
En résumé, l’architecte n’est pas uniquement là pour dessiner des plans. J’organise la progression du projet : mon travail de conception lui donne son architecture et son cadre ; ma mission de suivi de chantier permet de l’affiner au contact du réel. Dans tout ce processus, j’éclaire les choix du maître d’ouvrage, pour qu’il décide, qu’il fixe le cap, puis je pilote la réalisation.

J’ordonne les décisions pour éviter de perdre du temps, c’est une vraie partie de mon métier. Un projet n’a pas besoin d’être figé dans ses moindres détails décoratifs pour être suffisamment défini et chiffré. Je constate même que vouloir les choisir trop tôt est improductif et met les clients en insécurité car on multiplie les images, les variantes et, finalement, comme on ne peut pas tout maîtriser dès le début, on alimente le stress, le doute. Alors, je le redis : certains choix gagnent à être finalisés pendant le chantier, lorsque les volumes existent réellement, que l’on voit la lumière dans les pièces et que l’on peut poser les matériaux et les échantillons les uns à côté des autres. Raisonner et agir ainsi, ce n’est pas laisser le projet inachevé : c’est prendre les décisions au moment où l’on dispose des meilleurs éléments pour les prendre.


